La transmission massive · Un groupe dont l'entente sur le mensonge est impossible, sur un sensible · Combien de transmetteurs ? Quelle certitude ?
Le cœur de la 3ᵉ partie. al-Subkī définit le mutawātir : « le rapport d'un groupe dont l'entente sur le mensonge est impossible, [portant] sur un objet sensible ». Chaque mot compte : « groupe » exclut le rapport isolé ; « entente impossible » exclut tout groupe susceptible de collusion ; « sur un sensible » impose une connaissance certaine fondée sur la perception. Trois grandes questions suivent. (1) Le nombre : faut-il un chiffre déterminé (4, 5, 10, 12, 20, 40, 70, 313…) ou le seul critère de la connaissance obtenue ? (2) Les conditions : exige-t-on l'islam des transmetteurs, ou qu'ils ne soient pas circonscrits par un pays ? (3) La nature de la connaissance : est-elle nécessaire (ḍarūrī) ou réflexive (naẓarī) ? Débat majeur entre al-Ghazālī, al-Kaʿbī, Imām al-Ḥaramayn et al-Rāzī.
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« Il [le mutawātir] est le rapport d'un groupe dont l'entente sur le mensonge est impossible, [portant] sur un objet sensible. L'obtention de la connaissance est le signe que ses conditions sont réunies ; quatre [transmetteurs] ne suffisent pas… Selon l'avis le plus correct, il n'exige ni l'islam ni qu'ils ne soient pas circonscrits par un [seul] pays. Et la connaissance qui en résulte est nécessaire (ḍarūrī) ; al-Kaʿbī et les deux Imāms disent : réflexive (naẓarī). »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, 3ᵉ partie §6-9 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 58-63
La grande leçon de cette masʾala est que le mutawātir ne se définit pas par un nombre fixe, mais par un effet : l'obtention de la connaissance (ḥuṣūl al-ʿilm). C'est elle qui est le « signe » (āya) que les conditions sont réunies. Les tentatives de fixer un chiffre (4, 5, 10, 12, 20, 40, 70, 313…), souvent appuyées sur des versets, sont jugées faibles par Ibn Qutayba : pourquoi pas alors 8 (« leur huitième était leur chien ») ou 19 (« ils sont dix-neuf à y veiller ») ? La condition décisive est plutôt épistémique : que la connaissance soit nécessaire et fondée sur le sensible. Reste alors la grande question théorique : cette connaissance est-elle immédiate (ḍarūrī) ou suppose-t-elle un raisonnement (naẓarī) ?
Pour la majorité, il n'y a pas de limite chiffrée : le critère est l'obtention de la connaissance. Dès que ce groupe rapporte et que son rapport procure la connaissance, on sait qu'il est mutawātir.
(1) Le tawātur procure-t-il la connaissance ? Aucune divergence, sinon des Sumaniyya — « ce qui est s'entêter contre l'évidence nécessaire ».
(2) Cette connaissance est-elle ḍarūrī ou naẓarī ?
Si les rapporteurs ont rapporté d'après une vision directe, c'est suffisant ; sinon, le nombre requis doit exister à chaque strate (ṭabaqāt) — d'où le mot des uṣūliyyūn : il faut l'égalité des deux extrémités et de l'intermédiaire. Conséquence : un mutawātir peut se muer en āḥād lorsqu'il tombe en désuétude (indirās) à une époque.
La connaissance issue du tawātur est-elle uniforme pour tous (iṭṭirād) ?
« Pourquoi la majorité refuse-t-elle de fixer un nombre minimal de transmetteurs pour le mutawātir, et quel argument d'Ibn Qutayba ruine les tentatives de chiffrage par les versets ? Par quoi remplace-t-on alors le critère du nombre ? »