Au-delà de l'autorité et du nombre · Cinq circonstances peuvent-elles rendre un rapport certain ? · Consensus, persistance, division, foule, silence du Prophète ﷺ
Clôture de la 3ᵉ partie. Outre l'autorité du Véridique et le nombre du mutawātir, al-Subkī examine cinq circonstances qu'on a prétendu suffire à établir la véracité d'un rapport — et il en discute la portée (certaine ? probable ? nulle ?). (1) Un consensus conforme à un rapport prouve-t-il sa véracité ? (2) La persistance d'un rapport malgré les motifs de l'infirmer (argument des Zaydites) ? (3) La division des savants entre ceux qui en tirent argument et ceux qui l'interprètent ? (4) Un rapport fait devant une foule qui ne le dément pas ? (5) Un rapport fait à portée d'ouïe du Prophète ﷺ, qui se tait ? Le fil rouge : la plupart de ces indices donnent une présomption forte, rarement une certitude — car il reste toujours une explication alternative (preuve cachée, conjecture, empêchement).
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« Le consensus conforme à un rapport n'indique pas sa véracité ; le troisième [avis] : [oui] s'ils l'ont reçu avec assentiment. De même la subsistance d'un rapport alors qu'abondent les motifs de l'infirmer — contre les Zaydites. Et la division des savants entre interprète et argumentateur — contre un groupe. Et que celui qui rapporte devant des gens qui ne le démentent pas, sans motif à leur silence, est véridique. De même celui qui rapporte à portée d'ouïe du Prophète ﷺ, sans motif au maintien [du silence] ni au mensonge — contre les récents. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, 3ᵉ partie (indices de véracité) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 63-67
Ces cinq masāʾil partagent une même structure logique : une circonstance frappante (la communauté agit selon un rapport, il survit aux persécutions, personne ne le dément…) semble garantir sa véracité. al-Subkī, en bon critique, montre que la garantie est presque toujours défaisable : il reste une explication alternative. La communauté a peut-être agi sur une autre preuve, non transmise jusqu'à nous ; l'auditeur a peut-être accepté le rapport par simple conjecture ; le silence d'un public peut tenir à un empêchement. La leçon de méthode est précieuse : un indice (amāra), si fort soit-il, ne vaut certitude (qaṭʿ) que si toute autre explication est exclue. La seule exception nette concerne le silence du Prophète ﷺ, fondé sur sa ʿiṣma (cartes 2-4) — encore qu'al-Subkī l'assortisse de conditions strictes.
al-Zarkashī sépare ce qu'al-Subkī avait fondu :
Les Zaydites : la subsistance d'une transmission malgré l'abondance des motifs de l'infirmer prouve sa validité avec certitude — tels les ḥadīths de Ghadīr Khumm et de la « position » (al-manzila), dont la transmission a circulé sous les Omeyyades malgré leur intérêt à les infirmer.
Si une fraction de la communauté accepte un ḥadīth et agit selon lui, tandis que l'autre s'emploie à l'interpréter — cela prouve-t-il sa validité avec certitude ?
Un individu rapporte devant une assemblée nombreuse, de sorte que la chose n'échappe habituellement pas à de tels témoins ; ils s'abstiennent de le démentir sans qu'aucun motif (crainte, convoitise) ne les y pousse.
Quand un rapport est fait à portée d'ouïe du Prophète ﷺ et qu'il garde le silence sur son démenti — un groupe : cela indique sa véracité, car s'il était faux, il l'aurait démenti (corollaire de la ʿiṣma et du taqrīr, cartes 2-4). Certains l'ont nié absolument (al-Subkī l'attribue aux récents : al-Āmidī, Ibn al-Ḥājib).
al-Hindī (suivant le Maḥṣūl) — si le rapport porte sur une matière religieuse, il indique la véracité sous trois conditions :
« Quatre de ces cinq indices ne fondent qu'une présomption, mais le silence du Prophète ﷺ peut fonder une certitude. Quelle propriété du Prophète ﷺ — étudiée dès les premières cartes du livre — explique cette différence ? Et pourquoi al-Hindī l'assortit-il malgré tout de conditions ? »