بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°31

شَرْطُ الْعَدَدِ فِي خَبَرِ الْوَاحِدِ

Un seul transmetteur suffit-il ? · al-Jubbāʾī : deux, ou un appui · Et la fausse attribution à ʿAbd al-Jabbār

Faut-il plus d'un transmetteur pour qu'un rapport solitaire soit recevable ? La doctrine dominante dit non : un seul probe suffit. Mais al-Jubbāʾī (muʿtazilite) exige deux transmetteurs — ou, à défaut, un appui (iʿtiḍād) : un sens scripturaire apparent, la pratique de Compagnons, un effort interprétatif, ou une large diffusion. al-Zarkashī rectifie deux attributions : (1) ceux qui prêtent à al-Jubbāʾī l'exigence d'un nombre absolu se trompent (sa position admet l'appui) ; (2) l'avis « quatre transmetteurs pour la fornication » qu'al-Subkī attribue à ʿAbd al-Jabbār n'est pas de lui — il ne faisait que le rapporter d'al-Jubbāʾī. Au passage, les fameux exemples des Compagnons (Dhū al-Yadayn, al-Mughīra, Abū Mūsā) sont expliqués : leur prudence tenait à des raisons particulières, non à une règle de nombre.

وَالْجُبَّائِيُّ : لَا بُدَّ مِنَ اثْنَيْنِ أَوِ اعْتِضَادٍ، وَعَبْدُ الْجَبَّارِ : لَا بُدَّ مِنْ أَرْبَعَةٍ فِي الزِّنَا.

« al-Jubbāʾī : il faut deux [transmetteurs] ou un appui (iʿtiḍād) ; ʿAbd al-Jabbār : il faut quatre dans [le rapport portant sur] la fornication (zinā). »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 2 §5 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 74-75

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Transmission n'est pas témoignage

La position d'al-Jubbāʾī (et plus encore « quatre pour la fornication ») repose sur une analogie entre transmission et témoignage : puisque le témoignage exige deux ou quatre témoins, le rapport devrait en faire autant. Cette analogie est précisément ce que la doctrine dominante refuse (voir la carte 22, bloc 1, sur la distinction riwāya / shahāda) : la transmission porte sur une règle générale et durable, le témoignage sur un droit particulier et litigieux — les régimes de preuve diffèrent. La carte montre aussi un beau travail de philologie savante : al-Zarkashī démêle les chaînes d'attribution (qui a vraiment dit quoi), et corrige al-Subkī lui-même, qui avait suivi le Maḥṣūl en prêtant à ʿAbd al-Jabbār un avis qu'il ne faisait que rapporter.

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Vocabulaire essentiel

الِاعْتِضَاد al-iʿtiḍād
« L'appui / le renfort » : ce qui vient soutenir un rapport solitaire (sens scripturaire, pratique de Compagnons, ijtihād, diffusion).
الزِّنَا al-zinā
« La fornication » : son témoignage exige quatre témoins ; d'où l'analogie pour exiger quatre transmetteurs (avis rapporté).
الِاسْتِئْذَان al-istiʾdhān
« La demande de permission [d'entrer] » : objet du ḥadīth d'Abū Mūsā, l'un des cas invoqués pour la prudence des Compagnons.
السُّعَاة al-suʿāt
« Les collecteurs de l'aumône » : le Prophète ﷺ leur envoyait des messagers isolés — preuve qu'un seul transmetteur suffit.
قِيَاس عَلَى الشَّهَادَة qiyās ʿalā l-shahāda
« Analogie sur le témoignage » : fondement (contesté) de l'exigence du nombre dans la transmission.
1

al-Jubbāʾī : deux transmetteurs, ou un appui

La vraie position
À défaut de deux transmetteurs, le rapport doit s'appuyer sur un sens scripturaire, une pratique, un ijtihād ou une diffusion.
Jubbāʾī Iʿtiḍād

Deux, ou un renfort

al-Jubbāʾī exige deux transmetteurs ; à défaut, le rapport doit s'appuyer (iʿtiḍād) sur l'un des éléments suivants :

  • un sens scripturaire apparent (ẓāhir) ;
  • la pratique de certains Compagnons ;
  • un effort interprétatif (ijtihād) ;
  • le fait qu'il soit répandu (muntashir).
2

Les exemples des Compagnons et leur réponse

Prudence ponctuelle, non règle de nombre
Dhū al-Yadayn, al-Mughīra, Abū Mūsā : la suspension tenait à des raisons particulières.
Ṣaḥāba Prudence

L'argument et sa réfutation

On argumente pour l'exigence du nombre par trois précédents :

  • le Prophète ﷺ n'accepta le rapport de Dhū al-Yadayn [sur la prière écourtée] qu'après avoir interrogé Abū Bakr et ʿUmar, qui le confirmèrent ;
  • Abū Bakr n'accepta le rapport d'al-Mughīra [sur la part de la grand-mère] qu'après que Muḥammad b. Maslama l'eut transmis avec lui ;
  • ʿUmar n'accepta le rapport d'Abū Mūsā sur la demande de permission qu'après qu'Abū Saʿīd l'eut transmis avec lui.
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Sharḥ al-Zarkashī — la fausse attribution à ʿAbd al-Jabbār

Qui a vraiment dit « quatre pour la fornication » ?
ʿAbd al-Jabbār ne l'a pas dit : il le rapportait d'al-Jubbāʾī, par analogie sur le témoignage.
Sharḥ Isnād des avis

Démêler les attributions

Ce qu'al-Subkī rapporte de ʿAbd al-Jabbār (« quatre dans la fornication ») suit le Maḥṣūl ; mais ʿAbd al-Jabbār ne l'a pas dit : il l'a seulement rapporté d'al-Jubbāʾī, comme l'indique Abū al-Ḥusayn (Muʿtamad), en précisant qu'il l'avait analogué au témoignage [de fornication, qui exige quatre témoins].

Le Mustaṣfā, en rapportant cet avis, implique une généralisation à tout rapport, non à la fornication en particulier : « al-Jubbāʾī exige le nombre pour l'acceptation du rapport, et certains disent : il faut quatre, par emprunt au témoignage de fornication ».

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À retenir

4 points essentiels
La question du nombre — et une leçon de philologie.
  • al-Jubbāʾī : deux transmetteurs ou un appui (iʿtiḍād) — pas un nombre absolu
  • Les précédents des Compagnons (Dhū al-Yadayn, al-Mughīra, Abū Mūsā) : prudence ponctuelle, non règle de nombre
  • Le Prophète ﷺ envoyait des messagers isolés : preuve qu'un seul suffit
  • « Quatre pour la fornication » : ʿAbd al-Jabbār ne l'a pas dit, il le rapportait d'al-Jubbāʾī (analogie sur le témoignage)
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur l'analogie transmission / témoignage.

Question

« L'exigence d'un nombre de transmetteurs (deux, ou quatre pour la fornication) repose sur une analogie avec le témoignage. Pourquoi la doctrine dominante refuse-t-elle cette analogie ? Quelle distinction, vue dans le Bloc 1, sépare la transmission (riwāya) du témoignage (shahāda) ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
JUBBĀʾĪ
2 ou iʿtiḍād
2
PRÉCÉDENTS
prudence ≠ règle
3
MESSAGERS
isolés → un suffit
4
ʿABD AL-JABBĀR
rapporte, ne dit pas