Quand le maître dément l'élève · « Je ne le lui ai jamais transmis » · Le rapport tombe-t-il ? Et si le maître se contente de douter ?
Cas délicat de la chaîne de transmission : un élève (le rameau, farʿ) rapporte « Untel m'a transmis tel ḥadīth », mais le maître (la souche, aṣl) dément : « je ne le lui ai jamais transmis ». Le rapport tombe-t-il ? L'avis retenu par al-Subkī — avec al-Samʿānī, contre certains modernes — est que non : le démenti de la souche ne fait pas tomber le rapport. Raison : les deux sont dignes de confiance (thiqa), et il se peut que le maître ait transmis puis oublié. Preuve d'appui : s'ils se réunissaient dans un témoignage, celui-ci ne serait pas rejeté. La carte couvre aussi le cas voisin (§7) : si la souche se contente de douter ou de présumer (« je ne me souviens pas ») alors que le rameau est catégorique, le rapport est a fortiori recevable.
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« L'avis retenu — conformément à al-Samʿānī et contrairement aux modernes — est que le démenti de la souche (aṣl) à l'égard du rameau (farʿ) ne fait pas tomber ce qui est rapporté ; aussi, s'ils se réunissaient dans un témoignage, [celui-ci] ne serait pas rejeté. Et si [la souche] doute ou présume, alors que le rameau probe est catégorique, [le rapport] est plus digne d'acceptation — et c'est l'avis de la plupart. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 2 §6-7 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 75-78
La clef de la masʾala est une observation psychologique simple et puissante : un maître peut oublier ce qu'il a enseigné. Quand le rameau, digne de confiance, affirme « je l'ai entendu de lui », et que la souche, également digne de confiance, dit « je ne l'ai jamais dit », les deux peuvent être véridiques — si le maître a transmis puis oublié. Cet oubli est si fréquent que des savants (al-Dāraquṭnī, al-Khaṭīb) ont écrit des ouvrages entiers recensant les ḥadīths qu'un maître a transmis puis ignorés (« man ḥaddatha fa-nasiya »). La conséquence est nette : le démenti n'entache pas l'authenticité du ḥadīth ; tout au plus interdit-il au rameau de continuer à le rapporter explicitement du maître qui le nie. La carte distingue soigneusement le démenti catégorique, le doute, et le cas où le rameau lui-même n'est pas sûr.
Ibn al-Samʿānī justifie : le démenti de la souche porte sur ce qu'elle a présumé. Sa parole « je ne l'ai jamais transmis » est contredite par celle du rameau « je l'ai entendu de lui » — et chacun est thiqa. Or il se peut que le maître l'ait transmis puis oublié : la transmission du rameau ne tombe donc pas.
Si la souche doute ou présume (« je ne me souviens pas »), le rameau probe étant catégorique — deux avis :
« Le maître dit "je ne l'ai jamais transmis", l'élève dit "je l'ai entendu de lui" — deux propos contradictoires de deux personnes dignes de confiance. Comment peuvent-ils être tous deux véridiques, et pourquoi cela suffit-il à sauver le rapport sans pour autant disqualifier le maître ? »