Accréditer sans nommer · « Le digne de confiance m'a informé » · « Je ne le tiens pas pour suspect » · Et l'acte pervers commis de bonne foi
Clôture de la 4ᵉ partie, par des cas fins d'accréditation. (1) Quand un grand savant comme al-Shāfiʿī dit « le digne de confiance (thiqa) m'a informé » sans nommer sa source, le bon avis est de l'accepter (Imām al-Ḥaramayn) — contre al-Ṣayrafī et al-Khaṭīb, qui craignent que l'adversaire connaisse un disqualifiant ignoré du maître. (2) La formule plus faible « je ne le tiens pas pour suspect » (lā attahimuhu) : pour al-Dhahabī, ce n'est pas une attestation de fiabilité, mais venant d'al-Shāfiʿī dans une argumentation religieuse, elle équivaut au tawthīq quant à la force probante. (3) Enfin, le transmetteur qui, par interprétation de bonne foi, a commis un acte qu'on tient pour « rendant pervers » (boire le nabīdh, par ex.) : son rapport est accepté sur l'avis le plus correct — car la conjecture de sa véracité subsiste.
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« Si un [savant] tel qu'al-Shāfiʿī le qualifie de digne de confiance (thiqa), le bon avis est de l'accepter — c'est la position de l'Imām al-Ḥaramayn, contre al-Ṣayrafī et al-Khaṭīb. S'il dit "je ne le tiens pas pour suspect", il en va de même ; al-Dhahabī dit cependant : ce n'est pas une attestation de fiabilité. Est accepté [le rapport de] celui qui, par ignorance, s'est porté à un acte rendant pervers — conjecturé ou certain — selon l'avis le plus correct. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, 4ᵉ partie §8-10 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 96-101
Ces masāʾil tournent autour d'une idée : la valeur d'une accréditation dépend de qui l'émet. Quand un imām de la stature d'al-Shāfiʿī déclare « le thiqa m'a informé », il engage son autorité de critique expert — il ne le dirait pas s'il craignait un défaut caché. Pour un transmetteur ordinaire, la même formule ne suffit pas (« le thiqa à ses yeux peut ne pas l'être aux miens », al-Ṣayrafī). La carte montre aussi la finesse d'al-Subkī corrigeant al-Dhahabī : littéralement, « je ne le tiens pas pour suspect » n'est qu'une négation de soupçon ; mais fonctionnellement, dans la bouche d'al-Shāfiʿī argumentant une règle religieuse, cela vaut accréditation. Enfin, le dernier cas dégage un principe de tolérance : celui qui pèche par interprétation de bonne foi (et tient toujours le mensonge pour laid) reste un transmetteur fiable.
Formules telles que « un homme m'a rapporté » ou « le digne de confiance m'a informé » (fréquentes chez al-Shāfiʿī). Si l'émetteur est un maître de la discipline, connaissant ce que lui et ses adversaires exigent du probe, et qu'il le dit en contexte d'argumentation → on l'accepte (Imām al-Ḥaramayn) ; sinon, non.
« M'a informé celui que je ne tiens pas pour suspect » est un degré inférieur à « le thiqa m'a informé ». Pour al-Subkī, c'est accepté venant d'un homme tel qu'al-Shāfiʿī — « il en va de même » s'entendant du principe de l'acceptation, le degré restant inégal.
Le mufassiq conjecturé : celui qui se porte à un acte qu'il croit juste, sur un fondement établi à ses yeux, alors que nous en présumons la nullité sans certitude. Le certain : celui dont on est certain de la nullité du fondement. Dans les deux cas, son rapport est accepté (avis correct) :
Le terme « jāhilan » (par ignorance) ne correspond pas exactement à la position de la question (induit par l'expression du Minhāj). En somme, trois cas :
« al-Shāfiʿī accepte la transmission d'un Ḥanafite qui boit du nabīdh, et celle des "gens des passions" — mais "sauf les Khaṭṭābiyya". Quel facteur fait qu'on accepte le premier malgré son acte, et qu'est-ce qui exclut précisément les Khaṭṭābiyya ? »