بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°40

«أَخْبَرَنِي الثِّقَةُ» وَنَحْوُهَا

Accréditer sans nommer · « Le digne de confiance m'a informé » · « Je ne le tiens pas pour suspect » · Et l'acte pervers commis de bonne foi

Clôture de la 4ᵉ partie, par des cas fins d'accréditation. (1) Quand un grand savant comme al-Shāfiʿī dit « le digne de confiance (thiqa) m'a informé » sans nommer sa source, le bon avis est de l'accepter (Imām al-Ḥaramayn) — contre al-Ṣayrafī et al-Khaṭīb, qui craignent que l'adversaire connaisse un disqualifiant ignoré du maître. (2) La formule plus faible « je ne le tiens pas pour suspect » (lā attahimuhu) : pour al-Dhahabī, ce n'est pas une attestation de fiabilité, mais venant d'al-Shāfiʿī dans une argumentation religieuse, elle équivaut au tawthīq quant à la force probante. (3) Enfin, le transmetteur qui, par interprétation de bonne foi, a commis un acte qu'on tient pour « rendant pervers » (boire le nabīdh, par ex.) : son rapport est accepté sur l'avis le plus correct — car la conjecture de sa véracité subsiste.

فَإِنْ وَصَفَهُ نَحْوُ الشَّافِعِيِّ بِالثِّقَةِ، فَالْوَجْهُ قَبُولُهُ، وَعَلَيْهِ إِمَامُ الْحَرَمَيْنِ، خِلَافًا لِلصَّيْرَفِيِّ وَالْخَطِيبِ. وَإِنْ قَالَ : لَا أَتَّهِمُهُ، فَكَذَلِكَ، وَقَالَ الذَّهَبِيُّ : لَيْسَ تَوْثِيقًا. وَيُقْبَلُ مَنْ أَقْدَمَ جَاهِلًا عَلَى مُفَسِّقٍ مَظْنُونٍ أَوْ مَقْطُوعٍ، فِي الْأَصَحِّ.

« Si un [savant] tel qu'al-Shāfiʿī le qualifie de digne de confiance (thiqa), le bon avis est de l'accepter — c'est la position de l'Imām al-Ḥaramayn, contre al-Ṣayrafī et al-Khaṭīb. S'il dit "je ne le tiens pas pour suspect", il en va de même ; al-Dhahabī dit cependant : ce n'est pas une attestation de fiabilité. Est accepté [le rapport de] celui qui, par ignorance, s'est porté à un acte rendant pervers — conjecturé ou certain — selon l'avis le plus correct. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, 4ᵉ partie §8-10 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 96-101

📜

L'autorité de l'accréditeur

Ces masāʾil tournent autour d'une idée : la valeur d'une accréditation dépend de qui l'émet. Quand un imām de la stature d'al-Shāfiʿī déclare « le thiqa m'a informé », il engage son autorité de critique expert — il ne le dirait pas s'il craignait un défaut caché. Pour un transmetteur ordinaire, la même formule ne suffit pas (« le thiqa à ses yeux peut ne pas l'être aux miens », al-Ṣayrafī). La carte montre aussi la finesse d'al-Subkī corrigeant al-Dhahabī : littéralement, « je ne le tiens pas pour suspect » n'est qu'une négation de soupçon ; mais fonctionnellement, dans la bouche d'al-Shāfiʿī argumentant une règle religieuse, cela vaut accréditation. Enfin, le dernier cas dégage un principe de tolérance : celui qui pèche par interprétation de bonne foi (et tient toujours le mensonge pour laid) reste un transmetteur fiable.

📖

Vocabulaire essentiel

التَّوْثِيق al-tawthīq
« L'attestation de fiabilité » : déclarer un transmetteur digne de confiance. Plus fort que la simple négation du soupçon.
لَا أَتَّهِمُهُ lā attahimuhu
« Je ne le tiens pas pour suspect » : degré inférieur à « le thiqa m'a informé » — négation du soupçon, non éloge.
إِبْهَام الشَّيْخ ibhām al-shaykh
« L'anonymat du maître » : ne pas nommer sa source. Reproché à al-Shāfiʿī, mais justifié par scrupule.
مُفَسِّق mufassiq
« Acte rendant pervers » : un acte qui, fait sciemment, briserait la probité — mais commis par interprétation de bonne foi.
أَهْل الْأَهْوَاء ahl al-ahwāʾ
« Les gens des passions [sectaires] ». al-Shāfiʿī accepte leur transmission « sauf les Khaṭṭābiyya » (qui tiennent le mensonge pour licite).
1

« Le thiqa m'a informé » — venant d'al-Shāfiʿī

L'accréditation par un expert
Accepté si l'émetteur est un maître argumentant ; al-Ṣayrafī et al-Khaṭīb craignent un disqualifiant caché.
§8 Thiqa

La condition de l'autorité

Formules telles que « un homme m'a rapporté » ou « le digne de confiance m'a informé » (fréquentes chez al-Shāfiʿī). Si l'émetteur est un maître de la discipline, connaissant ce que lui et ses adversaires exigent du probe, et qu'il le dit en contexte d'argumentation → on l'accepte (Imām al-Ḥaramayn) ; sinon, non.

  • al-Ṣayrafī, al-Khaṭīb (objection) : l'adversaire peut avoir découvert un disqualifiant (jāriḥ) échappé au maître. Réponse : un homme tel qu'al-Shāfiʿī « ne profère cela que là où il est à l'abri de cette éventualité ».
  • L'anonymat du maître (ibhām al-shaykh) reproché à al-Shāfiʿī (suggérerait une mémoire faible ; serait une forme d'irsāl) : réfuté — un expert peut s'abstenir de nommer par scrupule (Mālik l'a fait dans le Muwaṭṭaʾ), et il n'anonymise que dans un ḥadīth déjà connu par un rapporteur nommé et probe.
2

« Je ne le tiens pas pour suspect » (§9)

Littéral vs fonctionnel
al-Dhahabī : ce n'est pas un tawthīq. al-Subkī : venant d'al-Shāfiʿī en argumentation, cela en a la force.
§9 al-Dhahabī

Un degré en dessous

« M'a informé celui que je ne tiens pas pour suspect » est un degré inférieur à « le thiqa m'a informé ». Pour al-Subkī, c'est accepté venant d'un homme tel qu'al-Shāfiʿī — « il en va de même » s'entendant du principe de l'acceptation, le degré restant inégal.

  • al-Dhahabī : ce n'est pas un tawthīq, mais une simple négation du soupçon — il ne se prononce ni sur la précision (itqān) ni sur le caractère probant.
  • al-Subkī : c'est exact littéralement ; mais venant d'al-Shāfiʿī pour argumenter une question religieuse, cela équivaut au tawthīq quant à la force probante — d'où l'on contredit al-Dhahabī pour un homme tel qu'al-Shāfiʿī ; pour les autres, c'est comme il l'a décrit.
  • al-Ṣayrafī, al-Māwardī, al-Rūyānī : « le thiqa à mes yeux » n'est pas une preuve — car « le thiqa à ses yeux peut ne pas l'être aux miens ».
📚

Sharḥ al-Zarkashī — l'acte « mufassiq » par interprétation (§10)

Pécher de bonne foi n'entache pas la transmission
Accepté si l'acte est cru licite par interprétation ; la conjecture de véracité subsiste.
Sharḥ Mufassiq

Le détail d'al-Shāfiʿī

Le mufassiq conjecturé : celui qui se porte à un acte qu'il croit juste, sur un fondement établi à ses yeux, alors que nous en présumons la nullité sans certitude. Le certain : celui dont on est certain de la nullité du fondement. Dans les deux cas, son rapport est accepté (avis correct) :

  • Conjecturé : « si le Ḥanafite boit du nabīdh sans ivresse, son témoignage est accepté » — il ne s'y porte pas par audace, et la preuve de son interdiction n'est pas catégorique.
  • Certain : « j'accepte la transmission des gens des passions (ahl al-ahwāʾ), sauf les Khaṭṭābiyya ».
3

« Jaholan » : une formule mal posée

Trois cas à distinguer
al-Zarkashī rectifie : la masʾala vise celui qui croit l'acte licite, non l'ignorant de sa perversité.
Rectification 3 cas

Trois situations

Le terme « jāhilan » (par ignorance) ne correspond pas exactement à la position de la question (induit par l'expression du Minhāj). En somme, trois cas :

  • (1) Il croit que l'acte est une perversité et s'y engage sciemment → transmission rejetée par consensus (on n'est pas à l'abri du mensonge).
  • (2) Il le tient pour licite par interprétation (ambiguïté ou taqlīd) → c'est notre question, celle traitée par al-Shāfiʿī et le Qāḍī : accepté.
  • (3) Il s'y engage en ignorant que c'est une perversité → les uṣūliyyūn n'en ont pas traité ; cela relève des fuqahāʾ. (al-Māwardī : pour ce dont la licéité est débattue — nabīdh, mariage sans tuteur —, divergence entre Basriens et Bagdadiens sur sa perversité.)
📋

À retenir

4 points essentiels · fin de la 4ᵉ partie
Accréditer, et tolérer l'erreur de bonne foi.
  • « Le thiqa m'a informé » d'un maître comme al-Shāfiʿī en argumentation : accepté (Imām al-Ḥaramayn)
  • « Lā attahimuhu » : littéralement pas un tawthīq (al-Dhahabī) ; mais d'al-Shāfiʿī, fonctionnellement oui
  • L'acte mufassiq par interprétation de bonne foi : accepté (la conjecture de véracité subsiste)
  • Exception : qui tient le mensonge pour licite (les Khaṭṭābiyya) — jamais accepté
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur la tolérance de l'erreur.

Question

« al-Shāfiʿī accepte la transmission d'un Ḥanafite qui boit du nabīdh, et celle des "gens des passions" — mais "sauf les Khaṭṭābiyya". Quel facteur fait qu'on accepte le premier malgré son acte, et qu'est-ce qui exclut précisément les Khaṭṭābiyya ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
« THIQA »
accepté (Shāfiʿī)
≠ Ṣayrafī
2
« LĀ ATTAHIM »
≠ tawthīq (Dhahabī)
oui fonctionnel
3
MUFASSIQ
par taʾwīl → accepté
4
KHAṬṬĀBIYYA
mensonge licite
→ exclus