بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°41

الرِّوَايَةُ وَالشَّهَادَةُ

Ouverture du jarḥ wa-l-taʿdīl · Deux informations, deux régimes · La nature de « j'atteste » et des formules de contrat

Ouverture du Bloc 4 — la récusation et l'accréditation (al-jarḥ wa-l-taʿdīl), la science de l'évaluation des transmetteurs. Avant d'évaluer, il faut distinguer. (1) Transmission (riwāya) et témoignage (shahāda) : tous deux sont des informations (akhbār), mais selon al-Māziri (cité par al-Qarāfī), si l'objet est général, sans litige, c'est une riwāya ; s'il est propre à un individu avec litige possible, c'est une shahāda — d'où les exigences supplémentaires du témoignage (nombre, liberté, masculinité) par précaution. (2) « J'atteste » (ashhadu) : un performatif comprenant une information. (3) Les formules de contrat (« j'ai vendu ») : des performatifs, contre Abū Ḥanīfa.

مَسْأَلَةٌ : الْإِخْبَارُ عَنْ عَامٍّ لَا تَرَافُعَ فِيهِ رِوَايَةٌ، وَخِلَافُهُ شَهَادَةٌ. وَأَشْهَدُ إِنْشَاءٌ تَضَمَّنَ الْإِخْبَارَ، لَا مَحْضُ إِخْبَارٍ أَوْ إِنْشَاءٍ، عَلَى الْمُخْتَارِ. وَصِيَغُ الْعُقُودِ كَـ«بِعْتُ» إِنْشَاءٌ، خِلَافًا لِأَبِي حَنِيفَةَ.

« L'information portant sur [quelque chose de] général, sans litige porté [devant un juge], est une transmission (riwāya) ; son contraire est un témoignage (shahāda). "J'atteste" est un performatif qui comporte l'information, non une pure information ni un pur performatif, selon l'avis retenu. Et les formules des contrats, comme "j'ai vendu", sont des performatifs — contrairement à Abū Ḥanīfa. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 4 §1-3 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 124-128

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Pourquoi distinguer riwāya et shahāda

La question paraît théorique, mais elle commande tout le régime de preuve. al-Qarāfī raconte avoir « cherché longtemps » la distinction avant de la trouver chez al-Māziri : ce sont deux informations, mais l'objet du témoignage est un droit déterminé sur un individu, porté en justice — d'où une suspicion (rancunes, inimitiés) qui justifie des garanties (nombre, etc.). La transmission, elle, porte sur une norme générale ; on lui objecte qu'elle engage tous les mukallaf jusqu'au Jour de la Résurrection, donc qu'elle mériterait encore plus de précaution. La réponse de ʿIzz al-Dīn est psychologique et sociale : on craint davantage de mentir sur le Prophète ﷺ ; un seul peut détenir un ḥadīth dont la perte priverait toute la communauté ; et les inimitiés qui poussent au faux témoignage n'ont pas d'équivalent dans la transmission prophétique.

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Vocabulaire essentiel

الرِّوَايَة al-riwāya
« La transmission » : information sur un objet général, sans litige. Régime de preuve allégé.
الشَّهَادَة al-shahāda
« Le témoignage » : information sur un droit déterminé avec litige possible. Exige nombre, liberté, masculinité.
أَشْهَدُ ashhadu
« J'atteste » : un performatif (inshāʾ) qui comporte une information — ni pure info ni pur performatif.
إِنْشَاء inshāʾ
« Performatif » : énoncé qui réalise son objet (la vente naît avec « biʿtu »). N'admet ni vrai ni faux.
الِاقْتِضَاء al-iqtiḍāʾ
« L'implication [nécessaire] » : la Loi rend les formules de contrat performatives par nécessité, pour valider l'acte.
1

La distinction d'al-Māziri (§1)

Objet général ou droit déterminé
Deux informations ; le témoignage porte sur un droit déterminé en litige, d'où ses garanties supplémentaires.
Riwāya/Shahāda al-Māziri

Le critère de l'objet

al-Qarāfī : « je suis resté un temps à chercher la distinction, jusqu'à la trouver chez al-Māziri ». Ce sont deux informations (khabarān), mais :

  • Objet général, ne se rapportant pas à un déterminé, sans litige porté aux gouvernants → riwāya.
  • Objet propre à un déterminé, litige possible → shahāda.

La pertinence du nombre dans le témoignage est une précaution : l'établissement de droits déterminés comporte une suspicion absente de l'établissement d'une norme générale.

2

« J'atteste » (ashhadu) — un performatif qui informe (§2)

Trois doctrines réunies
Ni pure information ni pur performatif : un inshāʾ qui comporte l'information sur ce qui est dans l'âme.
Ashhadu Synthèse

Trois avis

  • (1) Information pure : apparent des lexicographes (Ibn Fāris : « le témoignage est une information d'après une connaissance »). al-Rāzī : le témoignage n'est pas l'expression « ashhadu » (qui informe sur le témoignage), mais le jugement mental (al-ḥukm al-ḏihnī) — le « discours de l'âme » des théologiens.
  • (2) Performatif : al-Qarāfī (nul démenti n'y entre selon la Loi) ; le verset « Dieu atteste que les hypocrites sont menteurs » renvoie à leur dénomination « témoignage », car une information sans concordance du cœur et de la langue n'est pas un témoignage réel.
  • (3) L'avis retenu : un performatif qui comporte l'information sur ce qui est dans l'âme — ce qui réunit les deux premiers.
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Sharḥ al-Zarkashī — les formules de contrat (§3)

« J'ai vendu » réalise, n'informe pas
Performatifs (vs Abū Ḥanīfa) ; al-Subkī corrigé sur l'attribution à Abū Ḥanīfa.
Sharḥ Biʿtu

Performatif par nécessité

« biʿtu » (j'ai vendu), « ishtaraytu » (j'ai acheté) : restent-elles informatives ou deviennent-elles performatives ? Le Maḥṣūl : lexicalement instituées pour l'information ; la dispute porte sur leur emploi pour instaurer des jugements neufs. Le plus proche : performatives (al-Hindī, al-Aṣfahānī : à la majorité).

  • Rectification : al-Subkī l'attribue à Abū Ḥanīfa, ce qui « appelle examen » — on ne connaît de lui aucun texte ; le qāḍī ḥanafite al-Sarūjī l'a même dénié : « ce qui est connu chez nous est que ce sont des performatifs ».
  • Sens de « performatif par la Loi » : non que la formule soit totalement transférée hors de l'information, mais que la validité de son sens lexical dépend de l'établissement de l'acte du côté du locuteur ; la Loi le rend performatif par nécessité (iqtiḍāʾ) — de sorte que si l'on peut agir selon son sens informatif, on ne le rend pas performatif (dire à la répudiée « l'une de vous est répudiée » ne fait pas tomber le ṭalāq).
  • Note (tanbīh) : la divergence court aussi dans les actes résolutoires (« fasakhtu », « ṭallaqtu ») : le ṭalāq est performatif, et l'aveu (iqrār) n'en tient pas lieu — Imām al-Ḥaramayn : « l'aveu informe d'un passé, le performatif instaure dans le présent ».
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À retenir

4 points essentiels
Les distinctions préalables au jarḥ wa-l-taʿdīl.
  • Riwāya (objet général, sans litige) vs shahāda (droit déterminé, litige) — d'où les garanties du témoignage
  • Le témoignage exige plus de garanties non parce qu'il est plus grave, mais par la suspicion propre aux droits déterminés (ʿIzz al-Dīn)
  • « Ashhadu » = performatif comprenant l'information (synthèse des trois avis)
  • Les formules de contrat sont des performatifs par nécessité ; l'attribution à Abū Ḥanīfa est contestée
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur la précaution du témoignage.

Question

« Le témoignage exige des garanties (deux témoins, etc.) que la transmission n'exige pas — pourtant la transmission engage tous les croyants jusqu'à la fin des temps. Comment ʿIzz al-Dīn justifie-t-il que la précaution soit malgré tout plus stricte pour le témoignage que pour la riwāya ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
RIWĀYA
général, sans litige
2
SHAHĀDA
déterminé + litige
→ nombre
3
ASHHADU
inshāʾ + info
4
BIʿTU
inshāʾ (≠ Abū Ḥanīfa)