Combien d'évaluateurs, et faut-il dire pourquoi ? · Un seul suffit-il ? · Faut-il expliciter la cause de la récusation ou de l'accréditation ?
Deux questions techniques de l'évaluation des transmetteurs. (1) Le nombre : la récusation (jarḥ) et l'accréditation (taʿdīl) s'établissent-elles par un seul évaluateur ? Le Qāḍī al-Bāqillānī dit oui dans les deux ; la majorité distingue : un seul suffit dans la transmission (puisqu'un seul transmetteur est accepté), mais pas dans le témoignage (qui exige deux). (2) La cause : faut-il expliciter le motif du jarḥ et du taʿdīl, ou l'évaluation « absolue » suffit-elle ? al-Shāfiʿī tranche, dans le témoignage, pour l'inverse de l'avis courant : exiger la cause du jarḥ (car « on peut disqualifier par ce qui n'est pas réellement disqualifiant »), non celle du taʿdīl (qui n'a qu'une cause). En transmission, l'évaluation absolue suffit dès lors qu'on connaît la doctrine du critique.
Disponible sur ordinateur
« Le Qāḍī a dit : le jarḥ et le taʿdīl s'établissent par un seul ; on a dit : dans la transmission seulement ; on a dit : non dans les deux. Le Qāḍī a dit : l'évaluation absolue suffit dans les deux ; on a dit : [il faut] mentionner leur cause ; on a dit : [seulement] la cause du taʿdīl ; al-Shāfiʿī a fait l'inverse — c'est l'avis retenu — dans le témoignage ; quant à la transmission, l'évaluation absolue suffit dès lors que la doctrine du critique est connue. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 4 §4-6 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 128-131
Le raisonnement-clef de la majorité, pour le nombre, est un principe élégant : « la condition d'une chose ne dépasse pas son principe ». L'accréditation (tazkiya) est une condition de la recevabilité ; or une condition ne peut être plus exigeante que ce qu'elle conditionne. Si un seul transmetteur est accepté, alors un seul évaluateur suffit pour l'accréditer ; mais si le témoignage exige deux témoins, son accréditation exige aussi deux. Pour la cause, la finesse d'al-Shāfiʿī est asymétrique : le jarḥ doit être motivé (car les savants divergent sur ce qui disqualifie — on peut récuser à tort), tandis que le taʿdīl ne l'a pas à être (la probité « n'a qu'une seule cause »). Imām al-Ḥaramayn défend l'inverse pour une autre raison : le taʿdīl absolu n'inspire pas confiance (les gens louent trop vite sur l'apparence).
Imām al-Ḥaramayn et al-Rāzī : si nous savons que l'évaluateur connaît les causes [du jarḥ et du taʿdīl], il n'est pas obligatoire d'en mentionner la cause (l'évaluateur étant tenu pour fiable) ; sinon, on l'impose.
« al-Shāfiʿī exige qu'on motive la récusation (jarḥ) d'un transmetteur, mais non son accréditation (taʿdīl). Quelle asymétrie entre les deux justifie ce traitement ? Et pour le nombre d'évaluateurs, quel principe fait qu'un seul suffit en transmission mais pas en témoignage ? »