Qu'est-ce qui brise la probité ? · Quatre définitions du péché majeur · Le critère retenu, la sagesse de la non-fixation, et la hiérarchie des kabāʾir
Le Bloc 3 prolonge la question de la ʿadāla (carte 38) : puisque le péché majeur brise la probité, encore faut-il le définir. al-Subkī rapporte que « on a fluctué » sur la kabīra — quatre grandes définitions s'affrontent : ce qui entraîne une menace textuelle, ce qui comporte une peine légale (ḥadd), tout péché (les Ashʿarites, qui nient le « véniel »), ou — l'avis retenu d'Imām al-Ḥaramayn — « toute faute qui dénote le peu de souci qu'a son auteur de la religion et la minceur de sa religiosité ». al-Zarkashī propose un critère synthétique et relève une sagesse : à l'instar de la prière médiane ou de Laylat al-Qadr, Dieu a voilé la limite exacte des kabāʾir, pour que chacun s'efforce d'éviter tout interdit. Enfin, deux remarques : leur nombre n'est pas borné à sept, et leur hiérarchie (al-Qurṭubī).
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« On a fluctué au sujet du péché majeur. On a dit : ce dont on est menacé spécifiquement ; ce qui comporte une peine légale (ḥadd) ; ce dont le Livre énonce l'interdiction. L'Ustādh et le Šayḫ al-Imām : tout péché. Et le choix retenu — d'accord avec l'Imām al-Ḥaramayn — : toute faute qui dénote le peu de souci qu'a son auteur de la religion et la minceur de sa religiosité, tel le meurtre. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 3 (kabāʾir) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 102-103, 122-123
À première vue, la liste des grands péchés relève du fiqh ou de l'éthique. Mais elle figure ici parce que la probité (ʿadāla) du transmetteur en dépend : commettre un seul péché majeur brise la ʿadāla et fait rejeter ses rapports. Définir la kabīra, c'est donc fixer le seuil de disqualification. al-Zarkashī note un consensus de fond, masqué par une querelle de mots : tous s'accordent que certains péchés entachent la probité et d'autres non ; la divergence porte sur la dénomination (« faut-il appeler "véniel" une désobéissance à Dieu ? »). La position d'al-Subkī, héritée d'Imām al-Ḥaramayn, est qualitative plutôt que par liste : ce qui compte est l'état d'âme que révèle la faute — désinvolture envers la religion (majeur) ou simple faiblesse passagère (véniel).
Imām al-Ḥaramayn (Nihāya) : si l'acte dénote la désinvolture — non le mépris de la religion, mais le relâchement de l'empire de la piété et l'accoutumance où prévaut l'espoir du pardon — c'est un majeur ; s'il procède d'une saillie de l'esprit (faltat khāṭir) ou d'un égarement du regard (laftat nāẓir), c'est un véniel.
« Les définitions précédentes ne retiennent qu'une partie des kabāʾir. » Le critère comprehensif : est majeur tout péché auquel est couplé une menace (waʿīd), une peine (ḥadd), une malédiction (laʿn), ou dont la corruption est grande, ou qui dénote la désinvolture de son auteur — avec les kabāʾir textuellement attestées.
al-Subkī a énuméré ces espèces « pour qu'on ne s'imagine pas qu'elles se bornent à sept ». À « les kabāʾir sont sept », Ibn ʿAbbās répondit : « elles sont plus près de soixante-dix » ; Ibn Jubayr : « plus près de sept cents ». Ibn Ẓafar : ce n'est pas une vraie divergence — toute désobéissance est « majeure » relativement à une moindre. al-Ḥalīmī : chaque type de péché a un majeur et un véniel, sauf la mécréance (le plus turpide, sans véniel). Conciliation : le Prophète ﷺ spécifiait certains majeurs selon le besoin des auditeurs.
al-Subkī n'a pas observé leur ordre. al-Qurṭubī : le plus grave est l'associationnisme (shirk), puis le désespoir de la miséricorde, puis se croire à l'abri de la ruse de Dieu (car c'est démentir le Coran), puis le meurtre (anéantissement d'un existant), puis la sodomie (coupe la descendance) et la fornication (mêle les filiations), puis le vin (perte de la raison, support de la responsabilité).
« al-Wāḥidī affirme que les péchés majeurs n'ont pas de limite précise connue des serviteurs, et que Dieu l'a voilée à dessein. Quel danger une liste close et connue ferait-elle courir, et à quels autres "voiles" cette sagesse est-elle comparée ? »