Quand un maillon manque · « Le Prophète ﷺ a dit », par un non-Compagnon · Recevable ou non ? Et l'exception d'Ibn al-Musayyab
Le mursal (rapport « lâché », à chaîne interrompue) : « le propos du non-Compagnon : "le Prophète ﷺ a dit" » — c'est-à-dire qu'un transmetteur saute le Compagnon (et parfois plus) pour attribuer directement au Prophète ﷺ. Est-il recevable ? Trois grandes écoles : Abū Ḥanīfa, Mālik et al-Āmidī l'acceptent absolument ; certains seulement s'il vient d'un imām de la transmission ; mais l'avis correct (al-Shāfiʿī, le Qāḍī, la plupart) est son rejet, car la suppression de l'intermédiaire « entame la confiance ». al-Subkī ménage une exception décisive : si le transmetteur ne transmet que de probes (comme Ibn al-Musayyab), son mursal est accepté et vaut un musnad. al-Zarkashī précise toutefois que ce mursal n'est apte qu'à la préférence, non à l'égalité avec le rapport à chaîne continue.
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« Le mursal : le propos du non-Compagnon : "le Prophète ﷺ a dit". Abū Ḥanīfa, Mālik et al-Āmidī l'ont invoqué comme preuve absolument ; certains, [seulement] si celui qui le transmet est des imāms de la transmission ; puis il est plus faible que le musnad. L'avis correct est son rejet, et c'est l'avis de la plupart, dont al-Shāfiʿī et le Qāḍī. Mais si [le transmetteur] ne transmet que d'un probe, comme Ibn al-Musayyab, [son mursal] est accepté — et c'est [comme] un musnad. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 5 §4-6 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 141-145
Le problème du mursal est celui d'un maillon invisible : un Successeur dit « le Prophète ﷺ a dit », mais il n'a pas connu le Prophète ﷺ — il y a donc, entre eux, un Compagnon (au moins) non nommé. Or si les Compagnons sont tous probes (carte 46), l'intermédiaire manquant ne pose pas problème s'il est un Compagnon. Le danger est qu'il soit un autre Successeur, dont on ignore la fiabilité. C'est le pivot du rejet shāfiʿite : « si on l'avait nommé, on aurait peut-être vu qu'il n'est pas une preuve ». D'où l'exception lumineuse : si l'on connaît la coutume du transmetteur de ne transmettre que de probes (Ibn al-Musayyab), le maillon caché est garanti fiable — le mursal rejoint alors le musnad. La carte illustre aussi un travail philologique d'al-Zarkashī : démentir l'idée reçue qu'al-Shāfiʿī aurait « inventé » le rejet du mursal.
Le pivot du rejet shāfiʿite est que « la suppression de l'intermédiaire entame la confiance » : si on l'avait nommé, on aurait peut-être vu qu'il n'est pas une preuve. Donc si l'on connaît la coutume du transmetteur de ne nommer que des probes, son mursal devient une preuve et « rejoint le musnad ». Le critère n'est pas Saʿīd en personne, mais « le fait que sa transmission soit circonscrite au probe » — ce qui réfute ceux qui réservent l'acceptation au seul mursal de Saʿīd.
« al-Shāfiʿī rejette le mursal mais accepte celui d'Ibn al-Musayyab. Quel raisonnement relie ce rejet général à cette exception particulière ? Et pourquoi le critère n'est-il pas "le mursal de Saʿīd" mais "celui qui ne transmet que de probes" ? »