Rapporter le sens, non les mots exacts · Permis pour le savant ? · Les cinq doctrines et les limites intransgressibles
Question pratique majeure de la transmission : peut-on rapporter un ḥadīth en ses propres mots, en restituant le sens sans les termes exacts du Prophète ﷺ ? La majorité l'autorise pour le savant (al-ʿārif) — celui qui connaît les significations des termes —, à condition de ne rien ajouter ni retrancher et d'égaler l'original en clarté et en obscurité. Cinq doctrines s'échelonnent, de l'autorisation large à l'interdiction absolue (Ibn Sīrīn, Ibn ʿUmar). Imām al-Ḥaramayn pose une condition exigeante : il faut être certain de l'équivalence, car le discours révélé est tantôt univoque (muḥkam), tantôt équivoque (mutashābih), « en quoi Dieu a placé une sagesse ». Et certains énoncés — formules cultuelles, nombres — ne souffrent aucune altération.
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« La plupart [tiennent] à la licéité de la transmission du ḥadīth par le sens, pour celui qui est savant [des termes] ; al-Māwardī dit : [seulement] s'il a oublié l'expression ; on a dit : [seulement] si son objet est une connaissance [doctrinale] ; on a dit : [seulement] par un terme synonyme — c'est l'avis d'al-Khaṭīb ; Ibn Sīrīn, Thaʿlab et al-Rāzī l'ont interdite, et on la rapporte d'Ibn ʿUmar. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, Bloc 5 §9 · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 148-150
Cette masʾala arbitre une tension réelle : la mémoire humaine retient mieux le sens que les mots exacts. Interdire toute restitution par le sens reviendrait, en pratique, à « fermer la voie de la transmissiondéformer la parole prophétique. D'où la position dominante : c'est permis, mais réservé au savant qui maîtrise les nuances de la langue et garantit l'équivalence exacte. La condition d'Imām al-Ḥaramayn est la plus rigoureuse : la certitude de l'équivalence, car déplacer un terme univoque vers un équivoque (ou l'inverse) trahirait une sagesse divine. Et il reste des zones intransgressibles : les formules de culte (« le takbīr ouvre, le taslīm clôt la prière »), les énoncés normatifs précis, dont la lettre même porte le jugement — là, le sens ne suffit pas, il faut le mot.
C'est permis, et l'acceptation est obligatoire comme s'il était transmis verbatim — avis des quatre imāms et de la plupart des anciens —, à condition que le rapporteur soit :
Cinquième doctrine : l'interdiction absolue, que le rapporteur soit savant de la signification des termes ou non — doctrine d'Ibn Sīrīn, choisie par Thaʿlab et Abū Bakr al-Rāzī des Ḥanafites, et rapportée d'Ibn ʿUmar.
« On autorise généralement la transmission par le sens "pour le savant" — mais Imām al-Ḥaramayn pose une condition forte, et certains ḥadīths en sont exclus. Quelle condition al-Juwaynī ajoute-t-il, et pourquoi des formules comme "le takbīr ouvre la prière" ne peuvent-elles être transmises par le sens ? »