Départager deux khabar-s par leur texte même · Dix-huit critères en cascade · Du qawl sur le fiʿl jusqu'à la hiérarchie des dalālāt
Après le tarjīḥ par le sanad (cartes 4-5), Subkī passe au deuxième grand registre : le tarjīḥ par le matn — le texte même du khabar. Quand deux récits sont d'égale solidité quant à la chaîne, c'est leur énoncé qui les départage. Le Jamʿ al-Jawāmiʿ condense ici, en quelques lignes serrées, une cascade d'environ dix-huit critères que Zarkashī déploie un à un dans le Tashnīf al-Masāmiʿ : la nature de la transmission (parole, acte, approbation), la qualité de la langue (fasāḥa, lughat Quraysh), les indices de postériorité (madanī, ʿuluww shaʾn al-Rasūl ﷺ), la force du contenu (ʿilla mentionnée, tahdīd, taʾkīd), la concurrence entre les types de ʿumūm, et enfin la hiérarchie des modes de signification (iqtiḍāʾ, ishāra, īmāʾ, mafhūm). Deux prises de position personnelles de Subkī ponctuent la liste — dont le célèbre « wa-ʿindī ʿaksuhu » sur le ʿāmm spécifié.
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« [On privilégie] la parole, puis l'acte, puis l'approbation ; le fasīḥ — non le plus éloquent encore, selon l'avis le plus correct ; ce qui comporte un surcroît ; ce qui est rapporté dans la langue de Quraysh ; le médinois ; ce qui suggère l'élévation du rang du Messager ﷺ ; ce où le ḥukm est mentionné avec sa ʿilla ; ce où la ʿilla précède le ḥukm — al-Naqshawānī a inversé ; ce qui contient une menace ou une insistance ; le ʿāmm conditionnel sur l'indéfini nié, selon l'avis le plus correct, et celui-ci sur le reste ; le pluriel défini sur "mā" et "man" ; et tous sur le nom de genre défini, à cause de la possibilité du ʿahd. Ils ont dit : et ce qui n'a pas été spécifié — pour moi, c'est l'inverse — et le moins spécifié ; l'iqtiḍāʾ sur l'ishāra et l'īmāʾ ; et ces deux-là priment les deux mafhūm-s ; et la concordance sur la divergence — on a dit l'inverse. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Taʿādul wa-l-tarājīḥ (al-tarjīḥ bi-l-matn) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 366-369
Le tarjīḥ des akhbār suit l'anatomie du khabar lui-même : on a d'abord pesé qui transmet (le sanad, cartes 4-5) ; on pèse maintenant ce qui est transmis (le matn), avant de peser ce que cela signifie (le madlūl, carte 7). Zarkashī ouvre : « al-tarjīḥ bi-ḥasab al-matn yaqaʿu bi-umūr » — et il en égrène dix-huit. La liste n'est pas un inventaire arbitraire : elle descend du plus extérieur (le mode de transmission : parole, acte, approbation) vers le plus intérieur (les modes de signification : iqtiḍāʾ, ishāra, īmāʾ, mafhūm). Deux moments signalent la griffe de Subkī : le dixième critère (la ʿilla qui précède le ḥukm), absent des uṣūliyyūn antérieurs — « min ziyādāt al-muṣannif », dit Zarkashī — et le quinzième, où Subkī renverse l'avis commun : le ʿāmm déjà spécifié serait, selon lui, plus fiable que celui qui ne l'est pas encore, car il a rejoint le sort ordinaire des ʿāmm-s.
Traduction : « Le tarjīḥ selon le matn s'opère par plusieurs choses. La première : que l'un [des deux khabar-s] rapporte une parole du Prophète ﷺ et l'autre un acte de sa part — la parole est alors préférable, car la signification du lafẓ ne fait l'objet d'aucune divergence, contrairement à la signification de l'acte. »
Face à un ʿāmm absolu, le ʿāmm venu sur un sabab se dédouble — distinction que Zarkashī déclare « mutaʿayyin » (qui s'impose) :
L'avis commun : le ʿāmm non spécifié prime le ʿāmm spécifié — celui-ci est devenu majāz et sa ḥujjiyya est discutée. « Wa-ʿindī ʿaksuhu », dit Subkī : puisqu'il n'est guère de ʿāmm qui n'ait été spécifié, le ʿāmm déjà spécifié a rejoint le sort ordinaire — l'âme s'y fie et n'attend plus de takhṣīṣ surprise ; l'autre reste sous la menace. Zarkashī note qu'al-Hindī avait précédé Subkī dans cette intuition. (16) Et le moins spécifié prime le plus spécifié — où le même raisonnement pourrait, remarque Zarkashī, jouer aussi en sens inverse.
« L'avis commun préfère le ʿāmm qui n'a pas été spécifié à celui qui l'a été ; Subkī écrit "wa-ʿindī ʿaksuhu". Reconstituez l'argument de chaque camp, puis expliquez pourquoi le critère suivant (le moins spécifié prime le plus spécifié) est fragilisé par le raisonnement même de Subkī. »