« Le but suprême du chapitre des tarājīḥ » · Quatre axes : aṣl, farʿ, ʿilla, khārij · Première partie : le ḥukm de l'aṣl et les dix premiers critères de la ʿilla
Zarkashī l'annonce solennellement : le tarjīḥ entre les qiyās-s est « al-gharaḍ al-aʿẓam min bāb al-tarājīḥ » — le but suprême du chapitre — « et c'est là que s'étend l'ijtihād ». Quand deux analogies tirent le même cas vers deux règles opposées, tout le savoir-faire du mujtahid se concentre dans la pesée. Subkī organise la matière en quatre axes : l'aṣl du qiyās, son farʿ, sa ʿilla, et ce qui lui est extérieur. Cette première carte couvre le ḥukm de l'aṣl — force de son dalīl, conformité au « sanan al-qiyās » — puis les dix premiers critères de la ʿilla : sa certitude, la force de son maslak, le nombre de ses aṣl-s (avec le magnifique exemple de la yad al-sawm disputée entre al-Shāfiʿī et les Ḥanafites), sa nature dhātiyya ou ḥukmiyya, son économie d'attributs, sa couverture du ḥukm de l'aṣl (le ribā du blé : ṭuʿm contre kayl), et l'appui de l'ijmāʿ ou du naṣṣ sur sa causalité.
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« Le qiyās est privilégié par la force du dalīl du ḥukm de son aṣl ; par sa conformité à la voie du qiyās — c'est-à-dire que son farʿ soit du genre de son aṣl ; par la certitude quant à la ʿilla, ou la présomption prépondérante ; par la force supérieure de son maslak ; celle qui a deux aṣl-s prime celle qui n'en a qu'un — on a dit que non ; la dhātiyya prime la ḥukmiyya — Ibn al-Samʿānī a inversé, car une règle ressemble davantage à une règle ; celle qui a le moins d'attributs — on a dit l'inverse ; celle qui implique la précaution dans l'obligation ; celle qui couvre tout le ḥukm de son aṣl ; celle dont l'aṣl fait l'unanimité quant à sa causalité ; et celle qui concorde avec les uṣūl prime celle qui ne concorde qu'avec un seul aṣl. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Taʿādul wa-l-tarājīḥ (tarjīḥ al-aqyisa : ḥukm al-aṣl wa-l-ʿilla) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 372-373
Les textes sont en nombre fini ; les qiyās-s, eux, se multiplient avec les cas — et donc leurs collisions aussi. Là où le tarjīḥ des akhbār départage des récits, le tarjīḥ des aqyisa départage des raisonnements : c'est l'épreuve la plus fine du mujtahid, car chaque pièce du qiyās (aṣl, farʿ, ʿilla) peut être plus ou moins solide, et la pesée doit les parcourir toutes. La liste de Subkī compte environ vingt-cinq critères, dont l'écrasante majorité concerne la ʿilla — cœur battant de l'analogie. Zarkashī enrichit chaque critère des positions de l'école : les deux Qāḍī-s Abū al-Ṭayyib et al-Māwardī, le Shaykh Abū Isḥāq, Ibn al-Samʿānī (dont les Qawāṭiʿ sont cités presque à chaque ligne), Imām al-Ḥaramayn, al-Ghazālī et al-Hindī. Cette carte court jusqu'au dixième critère ; la carte 9 achèvera la liste jusqu'à la ʿilla bāʿitha — le vingt-et-unième — et au-delà.
Un qiyās est un édifice : un cas-source (aṣl) dont la règle est établie, un cas-cible (farʿ), une cause (ʿilla) qui les relie, et un environnement de preuves. Chaque pièce peut être plus ou moins solide — la pesée parcourt donc les quatre :
Traduction : « Voici le chapitre des tarājīḥ entre les qiyās-s : c'est le but suprême du chapitre des tarājīḥ, et c'est en lui que s'étend l'ijtihād. Il s'opère par quatre choses : l'aṣl du qiyās, son farʿ, la ʿilla, et ce qui est extérieur à cela. »
Attention à ne pas confondre les deux premiers critères — l'un porte sur l'existence de la ʿilla, l'autre sur la preuve de sa causalité :
L'objet pris « à l'essai » périt entre les mains du client : doit-il le garantir (ḍamān) ?
« Dans le cas de la yad al-sawm, identifiez : la ʿilla d'al-Shāfiʿī et ses deux aṣl-s témoins, la ʿilla adverse et son unique aṣl, puis la condition que pose al-Ghazālī pour que la multiplicité des aṣl-s fasse réellement pencher la balance. »